Visite au tombeau de l’Impératrice Nam Phương

Lieu : Chabrignac – Corrèze – 30 mai 2009

En cette fin de matinée d’un week end de Pentecôte très ensoleillé, nous nous retrouvons nombreux devant le monument aux morts de Chabrignac. Notre Président, Nguyễn Quốc Cường, qui a organisé cette sortie, nous présente à M. Boudy l’ancien maire du village qui a bien connu l’Impératrice Nam Phương et va ainsi nous servir de guide.
Nous rencontrons d’abord brièvement M. Dupuy, actuel maire, très occupé par les activités liées à sa fonction. Nous nous rendons ensuite au cimetière qui surplombe le parking du monument aux morts et la route départementale reliant Brive à Pompadour. Au bout de la première allée, nous arrivons devant la tombe de l’Impératrice. Sur la tombe toute simple, se trouve une stèle gravée de caractères chinois. Luc, notre professeur nous en fait la traduction : « ci-git l’impératrice Nam Phương du grand Sud ». Un chapeau conique traditionnel est posé sur la tombe, ainsi que quelques fleurs en tissu. Nous apprenons qu’un couple de Vietnamiens est venu il y a quelques jours les déposer. La tombe est tournée vers l’est et à la terre de ses ancêtres. De là, s’offre une belle vue sur la campagne environnante, les collines verdoyantes de la Corrèze, contreforts du Massif Central. Face à un paysage si bucolique, nous comprenons enfin pourquoi l’Impératrice avait choisi de se retirer là, fuyant la presse et la vie mondaine et agitée de Paris ou de Cannes.
Avec beaucoup d’émotion, M. Boudy nous parle de l’Impératrice, de sa gentillesse et de sa simplicité qui lui avaient permis de s’intégrer si facilement dans le village. Il nous raconte comment l’Impératrice, qui était sa voisine, est morte si brutalement à l’âge de 50 ans en 1963. Il nous relate les faits comme si cela venait d’arriver tant ses souvenirs sont restés à jamais gravés dans sa mémoire. C’était le jour de l’ouverture de la chasse. Elle s’était plainte d’un mal à la gorge et le médecin avait diagnostiqué un début d’angine. Puis M. Boudy était parti à la chasse avec son ami régisseur du domaine de l’Impératrice et quelques heures plus tard, on était venu les prévenir qu’elle venait de mourir d’étouffement devant ses deux dames de compagnie impuissantes. Et il rajoute tristement, « ce serait maintenant avec le téléphone, le Samu, on aurait pu la sauver de cette diphtérie foudroyante ». Il nous explique qu’elle a été mise dans un cercueil plombé destiné à être transporté au Viêt-nam mais les démarches auraient échoué. Le couple impérial avait été chassé par le Président Ngô Đình Diệm qui devait perdre le pouvoir peu de temps après d’ailleurs. Nous apprenons aussi que, malheureusement, la tombe a été profanée trois fois sûrement par des pilleurs de tombes à la recherche d’hypothétiques bijoux. Les enquêtes n’ont jamais abouti.

tombeau de l'Impératrice Nam Phương

La tombe est encadrée de cyprès ce qui donne une impression d’intimité et rappelle le midi de la France où elle avait vécu. M. Boudy nous apprend aussi qu’à quelques mètres de là vivait la Princesse d’Annam, fille de l’Empereur Hàm Nghi. Depuis le cimetière, nous pouvons apercevoir les toits en ardoise de sa demeure. Les deux femmes ne se fréquentaient pas, un pur hasard les avaient amenées à vivre dans ce même endroit isolé. Puis nous nous rendons à la Maison de la Nature du village qui surplombe toute la vallée. L’instituteur très dynamique du village, M. Bouzon nous explique qu’elle a été aménagée dans une ancienne école libre et que la commune prévoit d’y ouvrir bientôt un gite qui accueillera des groupes de randonneurs. Chabrignac est bien situé dans une région qui offre de nombreux sites touristiques à découvrir : gorges de la Vézère, grottes, chateaux, églises..Nous partageons un repas convivial préparé par le restaurant du village. Ce repas nous permet de nous retrouver mais aussi de poser beaucoup de questions à M. Boudy et à notre Président qui a également bien connu la famille impériale. Nous apprenons que l’Impératrice aimait les spécialités régionales comme la charcuterie, qu’elle fêtait Noel en famille mais ne faisait rien de particulier pour le Têt.
A la fin du repas, M. Bouzon nous montre le dossier préparé avec ses élèves sur la vie de l’Impératrice d’Annam à Chabrignac. Il paraît que les enfants de plus en plus nombreux dans son école, sont curieux de cette histoire et aimeraient entretenir un échange avec notre association. Il faut souvent leur expliquer où est ce Viêt-nam ? M. Bouzon est plein d’enthousiasme et de dynamisme. Dire qu’il avait été question il y a quelques années de fermer cette école par manque d’effectif ! Dans ce dossier, nous voyons des articles de presse de l’époque, des photos du mariage de la princesse Phương Liên en 1962, des photos des obsèques de l’Impératrice dans l’intimité familiale.
Après ces grandes discussions historiques, nous quittons la maison de la Nature pour nous rendre au centre du village écrasé de chaleur en ce jour. Un petit village sans histoire qui a toujours bien fonctionné comme nous dit M. Boudy et dont la population s’agrandit notamment en raison de la proximité de la ville dynamique de Brive. On y compte même quelques familles anglaises. M. Bouzon accompagné de sa fille nous montre son école et son logement de fonction aménagés dans une jolie maison ancienne donnée à la commune par un notable du village, ce qui explique pourquoi cette école n’a pas le style des écoles françaises de la fin du 19 ième. Il nous conduit ensuite au cadran solaire qu’il est fier de nous montrer car il a été construit peu à peu par ses élèves et les habitants du village. Constitué de petits carreaux de couleur, c’est une vraie œuvre artistique fruit d’un travail collectif auquel le village est très attaché. C’est un cadran solaire analemmatique (absence d’axe) unique en Limousin, peu répandu en France également. Il a bien sûr été construit avec l’aide de spécialistes et il se trouve à côté d’un adorable petit parc. Un véritable esprit d’entraide et une volonté de mise en valeur d’un patrimoine commun animent ce petit village. Il y a une ambiance ici qu’on ne trouve pas forcément dans tous nos villages.

domaine de La Perche

Puis nos deux guides très sympathiques nous conduisent au Domaine de la Perche où a vécu l’Impératrice. Elle l’avait acheté avec son argent personnel. Elle cherchait un endroit où trouver enfin la tranquillité, un ami kinésithérapeute originaire de la Dordogne et qui deviendra son régisseur l’avait trouvé par une annonce dans un journal local. C’est une belle demeure construite dans la pierre du pays. Depuis la cour intérieure, la vue s’étend sur des horizons vallonnés, des prairies. Nos guides nous indiquent la fenêtre de la chambre où elle s’est éteinte. Ce domaine après avoir été revendu à plusieurs reprises depuis sa mort, appartient à un grand exploitant italien de bétail qui pratique l’élevage de bovins. Après la photo de groupe devant le domaine, nous nous quittons avec un certain regret, contents d’avoir partagé ces moments encore chargés d’histoire et d’émotion. Devant la tombe de l’Impératrice, M. Boudy nous avait appris qu’il aurait dû partir en Indochine s’il n’y avait pas eu la signature des accords de Genève par Mendes France.
Quelqu’un parmi nous lui a répondu alors : « mais c’est le Viêt-nam en quelque sorte qui est venu vers vous ». C’était en 1958 quand l’Impératrice a pris la décision de se retirer dans cet adorable petit village corrézien pour y finir sa vie trop courte, mais enfin apaisée, après avoir traversé des moments tragiques de l’Histoire.

toutes les photos sur Picasa